La RDC interdit aux militaires d’utiliser des smartphones
13 juillet 2026Depuis quelques années, des milliers de vidéos inondent les réseaux sociaux, montrant des militaires de l’armée congolaise et des combattants Wazalendo en train de filmer tantôt leurs victoires sur le champ de bataille, tantôt en train de demander des renforts, d’autres en train de se plaindre des moyens logistiques, financiers et tactiques, ou soit en train de fuir le champ de bataille.
La trentaine révolue, ce sous-lieutenant qui a requis l’anonymat explique les raisons qui le poussent à garder son téléphone dans la zone opérationnelle d’Uvira-Fizi au Sud-Kivu :
“Moi j’ai l’habitude d’amener mon téléphone au combat pour garder le contact avec ma famille qui est restée loin de moi. Mes proches ont besoin de savoir si je suis encore en vie car le champ de bataille, c’est une question de vie ou de mort. En tout cas, je ne connais aucun militaire qui peut se hasarder à signaler volontairement sa position à l’ennemi. Mais comme le commandement nous en interdit l’usage, on va obéir, pourvu qu’ils ne nous imposent plus aussi les replis stratégiques exagérés, qui fragilisent nos efforts sur le champ de bataille”.
Une question de sécurité
Dans un communiqué, le porte-parole intérimaire des FARDC, le lieutenant-colonel Mak Hazukay, rappelle qu’un téléphone allumé ou utilisé de manière imprudente peut révéler la position des troupes, faciliter leur localisation par l’ennemi et exposer les unités à des tirs ou à d’autres actions en provenance du camp ennemi. Il exhorte donc les militaires congolais à éviter toute utilisation non autorisée des téléphones portables, à ne partager ni leur position, ni leurs déplacements, ni leurs missions, ni leurs effectifs, ni des images des opérations sur les réseaux sociaux ou par messagerie.
Kelvin Bwija est le coordonnateur de la société civile du Congo, la Socico, dans le territoire d’Uvira. Il espère que si cette mesure est appliquée, elle permettra de réduire les cas de trahison au sein de l’armée congolaise :
“C’est une déclaration à saluer parce que certains militaires des FARDC utilisaient leurs téléphones alors qu’ils communiquaient avec certains ennemis de la RDC, donnaient les consignes aux ennemis. En tant que société civile, nous avons salué cette déclaration de l’armée congolaise”.
Ne pas faciliter la tâche de l’ennemi
Défenseur des droits humains, Maître Aimé Bisimwa reconnait que le téléphone portable est devenu un outil indispensable dans la vie quotidienne en ce qui concerne la communication, mais il estime que les militaires devraient obtempérer à l’ordre reçu de leur hiérarchie :
“Ça ne viole aucun droit à la communication pour les militaires. Partout au monde, les militaires doivent se cacher et ne doivent pas donner à l’ennemi leur position. Et puis, quelles que soient les circonstances qu’ils sont en train de traverser, ils doivent savoir qu’ils se sont engagés à servir sous le drapeau jusqu’au sacrifice suprême”.
Sur le terrain, des combats se poursuivent dans plusieurs villages des hauts et moyens plateaux des territoires de Mwenga et Fizi, au Sud-Kivu, entre la coalition rebelle de l’AFC/M23–Twirwaneho soutenue par l’armée rwandaise selon plusieurs rapports de l’ONU, et la coalition des FARDC-Wazalendo soutenue par l’armée burundaise.