July 3, 2026
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Cameroun-France : Comment l’AFD répartit ses 622,8 milliards de FCFA au Cameroun

Avec un portefeuille actif de plus de 622,8 milliards de FCFA répartis sur 51 projets, l’Agence française de développement reste le premier bailleur bilatéral du Cameroun. Mais derrière ce volume impressionnant, la radiographie sectorielle de ses engagements 2025 révèle des choix qui méritent d’être interrogés : 44,2 % des fonds vont aux infrastructures et au développement urbain, contre 1,7 % seulement à l’agriculture et à la sécurité alimentaire — précisément le secteur que Yaoundé place au cœur de sa stratégie d’import-substitution.

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Les chiffres sont éloquents. Au 31 décembre 2024, le portefeuille du groupe AFD au Cameroun atteignait plus de 594 milliards FCFA, soit la plus grosse part du total d’environ 1705,4 milliards FCFA engagés en Afrique centrale. En 2025, ce volume a encore progressé pour atteindre environs 622,8 milliards FCFA, répartis sur 51 projets — 47 pilotés par l’AFD elle-même, 4 par Expertise France — selon le rapport d’activité du groupe. La ventilation de cet ensemble entre les trois entités du groupe est claire : 574,4 milliards FCFA pour l’AFD, 40,5 milliards FCFA pour Proparco — sa filiale dédiée au secteur privé — et plus de 7,8 milliards FCFA pour Expertise France.

 Ce que ce chiffre global ne dit pas, c’est la répartition sectorielle. Et c’est là que l’analyse devient instructive. En 2025, les infrastructures et le développement urbain captent 44,2 % des engagements du groupe. Le financement des institutions financières privées en absorbe 35,9 %. La gouvernance représente 6,8 %, l’éducation, la formation et l’emploi 6,4 %. À l’autre bout du spectre, l’agriculture et la sécurité alimentaire ne pèsent que 1,7 %, l’eau et l’assainissement 2,2 %, et le secteur productif 2,9 %.

L’INFRASTRUCTURE, CHOIX ASSUMÉ ET COHÉRENT AVEC L’HISTOIRE

La concentration sur les infrastructures n’est pas un accident. Elle reflète une logique ancienne et des besoins réels. L’AFD est présente au Cameroun depuis 1960, et le pays est historiquement l’un des principaux bénéficiaires de ses financements en Afrique, avec des engagements représentant en moyenne annuelle près de 150 milliards de FCFA depuis 2002. Le projet phare de 2025 illustre parfaitement cette orientation.

Le 21 janvier, cinq conventions de financement représentant 175,5 millions d’euros ont été signées au ministère de l’Économie. La principale concernait le Programme de lutte contre les inondations à Douala et à Yaoundé — le PLIDY — soutenu par un prêt souverain de 150 millions d’euros. Le projet cible la récurrence des inondations qui affectent les deux principales métropoles du pays, avec l’objectif de réduire durablement la vulnérabilité des populations et des infrastructures. Ce seul projet représente donc à lui seul l’équivalent de presque cinq fois l’intégralité du budget triennal que le gouvernement camerounais vient de consacrer à la relance de la filière blé. L’AFD a également accompagné le programme Capitales Régionales — financé via le C2D — qui vise à moderniser les infrastructures urbaines dans cinq villes secondaires, ainsi que l’initiative Sporcap pour l’accès aux équipements sportifs.

L’AGRICULTURE RESTE À LA MARGE

C’est ici que le contraste devient saisissant. Le gouvernement camerounais a fait de la souveraineté alimentaire l’un des axes structurants de la Stratégie nationale de développement 2020- 2030 (SND30). Le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH) 2024-2026 a engagé 1 500 milliards de FCFA pour réduire la dépendance aux importations de riz, blé, huile de palme et autres produits de base. Dans ce contexte, les 1,7 % des engagements AFD alloués à l’agriculture et à la sécurité alimentaire en 2025 interpellent.

Cette part infime contraste avec ce que l’institution fait par ailleurs dans d’autres pays. Entre 2018 et 2024, Proparco a doublé ses financements annuels en Afrique et mobilisé plus de 7,6 milliards d’euros — environ 1,2 milliard par an — notamment en faveur des infrastructures, de l’agriculture et de la sécurité alimentaire, des systèmes financiers et des services essentiels.

Ces priorités affichées à l’échelle continentale ne semblent pas se traduire avec la même intensité dans le portefeuille camerounais. Il existe pourtant des précédents solides. L’AFD a accompagné 8 000 projets productifs au Cameroun à travers le programme ACEFA, qui a touché 260 000 exploitations agricoles et financé des microprojets dans les secteurs des céréales, de l’élevage, de la transformation agroalimentaire et de la commercialisation.

 La phase de consolidation du programme vise désormais un million d’exploitations agricoles camerounaises d’ici 2035, sachant que ces deux millions d’exploitations familiales assurent près de 80 % de la production agricole nationale. Ces réalisations existent — mais leur poids budgétaire dans le portefeuille 2025 reste marginal face aux grands projets urbains.

LES PRÊTS SOUVERAINS AU CENTRE DU JEU

La répartition par outil financier éclaire une autre dimension du portefeuille. En 2025, les prêts souverains représentent 33,9 % des engagements, suivis des prêts seniors à 23,2 %, du C2D à 16,2 % et des garanties à 12,6 %. Les subventions — outil non remboursable par nature et donc le plus adapté aux projets à impact social direct sans retour financier immédiat, comme en agriculture — ne pèsent que 6,3 % du total. Cette architecture financière a une logique propre. Les grands projets d’infrastructures se prêtent naturellement aux prêts souverains, parce qu’ils génèrent des actifs tangibles qui peuvent garantir un remboursement.

Les projets agricoles, en revanche, impliquent souvent des populations dispersées, des rendements incertains et des horizons de retour longs — conditions peu compatibles avec des instruments de dette classique. La faiblesse de la part des subventions dans le portefeuille peut donc partiellement expliquer le sous-financement relatif du secteur agricole. En Afrique centrale, sur la période sous revue, 64 % des engagements de l’AFD ont été consacrés à des projets d’infrastructures et de développement.

Le Cameroun, en tant que principal récipiendaire régional, reflète fidèlement cette orientation continentale. Yaoundé choisit-il cette répartition, ou la subit-il dans la négociation avec son bailleur ? La question mérite d’être posée.

SND30 ET AFD : DEUX STRATÉGIES EN QUÊTE D’ALIGNEMENT

La SND30 fixe des cibles précises en matière de transformation structurelle, il s’agit de la réduction des importations alimentaires, de développement de l’agro-industrie, de la création de valeur ajoutée locale. Or la logique d’un bailleur dont les principaux instruments sont des prêts souverains tend à favoriser des projets à grande visibilité urbaine — routes, drainage, équipements — plutôt que des chaînes de valeur agricoles qui nécessitent des années d’accompagnement diffus avant de produire des résultats mesurables.

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