12 mars 2026

Résilience et sacralité : Gislain Fadohan ressuscite la figure du « Roi-Dieu » par le cauri

L’artiste plasticien béninois Gislain Fadohan lance un projet ambitieux intitulé « The god king in Benin / Le Roi-Dieu au Bénin ». Soutenue par l’Adac-Bénin via le Fdac, cette recherche-cr…

L’artiste plasticien béninois Gislain Fadohan lance un projet ambitieux intitulé « The god king in Benin / Le Roi-Dieu au Bénin ». Soutenue par l’Adac-Bénin via le Fdac, cette recherche-création de douze (12) mois explore la puissance de la royauté sacrée à travers l’assemblage méticuleux de cauris, offrant une résonance contemporaine à la restitution des trésors royaux.

Dans le sillage de la restitution historique des 26 trésors royaux du Dahomey, la scène artistique béninoise continue de puiser dans ses racines pour questionner la modernité. Au cœur de cette effervescence, Gislain Bidossessi Fadohan, plasticien diplômé de l’Inmaac, déploie un nouveau cycle de création qui place l’identité et l’immortalité au centre des débats. Son projet actuel s’immerge dans la structure politique et spirituelle de la royauté du XVIIème au XIXème siècle, cherchant à dévoiler les mystères d’une étiquette de cour où le souverain s’apparente à une divinité. Pour l’artiste né à Porto-Novo, ce travail ne se limite pas à une simple célébration du passé, mais constitue un véritable voyage entre l’originel et le contemporain. Il explique d’ailleurs sa démarche en soulignant que le « Roi-Dieu au Bénin », avec son existence, ses tabous et son caractère sacré, offre des aspects essentiels à révéler pour compléter les énigmes soulevées par les objets restitués par la France. À travers cette quête, Gislain Fadohan interroge la persistance des mythes fondateurs dans l’actuelle société béninoise, utilisant la peinture, la sculpture et désormais la photographie pour matérialiser cette dualité unique.

Le cauri : vecteur d’un message sur la force collective

Le matériau de prédilection de l’artiste, le cauri, devient ici le vecteur principal d’un message sur la force collective. Ce petit coquillage de deux centimètres, autrefois monnaie et symbole de divination, incarne selon lui une philosophie de vie indispensable. L’artiste précise que si un cauri est fragile et facile à briser lorsqu’il est seul, il gagne en stabilité et imprime une force remarquable à l’œuvre une fois assemblé aux autres. Il dresse un parallèle saisissant avec la condition humaine, affirmant que l’Homme, très vulnérable seul, devient fort en confrérie. Cette technique d’accumulation sert de socle à une thématique qui lui est chère : la résilience. Ce projet de grande envergure prévoit la création d’une série de trente-huit œuvres diversifiées, incluant des masques, des sculptures en aluminium et des installations vidéo. Le parcours de création de Gislain Fadohan l’amènera à explorer des hauts lieux de l’histoire béninoise, d’Abomey à Kétou en passant par Allada et le Nord du pays, afin de capter l’essence d’une cohésion sociale ancestrale. En ouvrant périodiquement son atelier d’Akassato aux apprenants et au public, l’artiste souhaite transformer sa résidence en un espace pédagogique, avant de restituer au monde ces formes de résilience qui célèbrent la beauté du patrimoine national.

Karol. Sékou